Comment un individu peut-il faire une différence? Une mauvaise réponse, et deux bonnes

June 12, 2017

J’entends souvent des dialogues de ce genre quand il s’agit de faire un effort personnel pour aider les autres:

Alice: Face à toute la souffrance dans le monde, je me sens impuissante. Même si je changeais mon comportement, mon action individuelle ne résoudrait pas nos problèmes. Par exemple, même si je faisais un don pour aider un agriculteur pauvre au Kenya, d’autres ne donneront rien, et ce n’est pas grâce à moi que nous allons éliminer la pauvreté. Ce n’est pas à moi, mais aux puissants de ce monde d’agir.

Bernard: Si tout le monde raisonnait comme toi, nous ne ferions jamais rien pour aider les plus vulnérables. Au contraire, si chacun agit à son niveau, nous pouvons éliminer la pauvreté ensemble. Ainsi, en prenant partie à une action sociale, chacun peut changer les choses. Tu n’es donc pas impuissante.

Alice et Bernard font tous deux erreur. Nous ne sommes pas impuissants à être solidaires, mais ce n’est pas pour les raisons avancées bar Bernard.

Nous sommes tous des individus

J’ai de la sympathie pour la point de vue de Bernard. Alice doit avoir tort, car porter son raisonnement à sa conclusions aurait pour conséquence qu’il faudrait arrêter de travailler à tous les grands problèmes de l’humanité. Mais la réponse de Bernard est fallacieuse.

Nous sommes tous des individus. Je ne suis pas une société, vous n’êtes pas un état, aucun d’entre nous n’est un groupe ou une institution. Les actions dont nous pouvons décider sont des actions individuelles. Bien sûr, des individus peuvent influencer ces groupes, mais encore une fois, le choix de cette influence est finalement individuel. C’est le choix de voter, de se rendre à la réunion communale, ou d’aller manifester. La réplique “si tous agissent à leur niveau…” n’est pas opérante car personne ne peut décider si tous agissent ou non. Nous pouvons seulement décider d’agir nous-mêmes, ou de tenter de convaincre d’autres d’agir.

Distinguer deux objections

Afin d’expliquer pourquoi Alice a réellement tort, il faut distinguer deux objections différentes qui pourraient se cacher derrière ce discours.

Rapellons-nous la phrase d’Alice:

Même si je changeais mon comportement, mon action individuelle ne résoudrait pas nos problèmes.

Une première interprétation de cette phrase est la suivante:

Les petits changements ne vont pas résoudre les grands problèmes : une victime de la pauvreté de moins ne vas pas affecter le développement économique d’un pays pauvre; un végétarien ne va pas mettre fin à l’élevage industriel.

A ce premier type d’objection il y a une réponse simple et correcte. Ceux qui objectent de cette façon utilisent implicitement une fraction de ce type :

Par exemple, faire un don à une ONG luttant contre l’extrême pauvreté au Kenya est intuitivement rattaché au problème de la pauvreté dans le monde. Devenir végétarien correspond au but de mettre fin à l’élevage industriel. Dans ces deux cas, le dénominateur de la fraction est très grand : votre impact individuel ne représente qu’une partie infime du problème que vous souhaitez résoudre. Mais il est fallacieux d’utiliser cette fraction. Pour décider si une action en vaut la peine, il faut comparer ses bénéfices à ses coûts, et non pas à la taille d’un autre problème. Si vous souhaitez maximiser votre impact positif, c’est simplement le numérateur qu’il faut maximiser. Le dénominateur est sans conséquence. L’habitant du village Kenyan souhaite seulement atteindre une vie meilleure, le niveau de la pauvreté mondiale lui importe peu. La poule élevée en batterie souhaite seulement échapper à sa vie de souffrance, quoi qu’il arrive à la production mondiale de viande[1]. La question qu’il faut plutôt vous poser est quelle serait la manière de les aider le plus possible.

Un semblant de paradoxe

Ce dont je souhaite en réalité parler ici est la seconde interprétation de l’objection d’Alice, plus sophistiquée. Au lieu d’avancer que votre impact personnel est très petit par rapport à une autre grandeur, l’argument est cette fois bien que l’effet de votre action individuelle est nul.

Imaginons qu’Alice ne fasse le discours suivant: “Réfléchis à ce qui se déroule réellemet lorsque tu agis à une échelle individuelle. Quand tu décides de ne pas acheter de viande au supermarché, le paquet que tu laisses sur l’étagère est composé d’animaux qui sont déjà morts. Ce n’est donc pas eux que tu aides. Mais tu raisonnes ainsi: “si je n’achète pas de viande, le supermarché s’ajustera à cette réduction de demande en commandant moins de viande, ce qui finira par réduire l’offre de viande et ainsi le nombre d’animaux en élevage”. Mais ce raisonnement n’est pas correct. Les décisions du supermarché ne dépendent pas de ton choix. Le supermarché réduira sa demande de viande uniquement s’il observe une réduction importante de la consommation, par exemple 2% de son inventaire. Ta réduction individuelle sera trop petite pour affecter le choix du supermarché. Les gérants ne remarqueront même pas ton choix, masqué par les variations aléatoires de la consommation de viande.

De même, regardons comment fonctionne l’ONG. Elle opère actuellement des écoles dans 5 villages. Pour établir une école dans un sixième village, il lui faut 100 000€ par an de dons supplémentaires pour payer les enseignants. Si elle n’en recoit que 99 999€, elle ne pourra pas les payer, et conservera l’argent dans son compte en banque. À moins que l’ONG ne soit déjà à 90 000€ ou plus, un don de 10 000€ n’aura donc aucun impact.

Un troisième exemple: imaginons qu’un tremblement de terre ne frappe le Népal. Une ONG népalaise organise en urgence l’achat de matériel médical à une entreprise pharmaceutique Indienne. Pour des raisons logistiques, l’entreprise ne vend le matériel qu’en incréments de 100 000€. Comme pour l’école dans le village Kenyan, il est très improbable que votre don soit celui qui permet tout juste à l’ONG d’acheter un incrément de plus.”

Alice a raison d’observer que la grande majorité des petits dons ou un petits changements de comportement n’ont aucun impact. Pourtant, un petit nombre d’entre eux ont un impact demesuré. Par exemple, le donateur marginal qui fait passer l’ONG de 99 999€ à 100 000€ donne lieu à la construction d’une école avec un seul euro!

Fonction en escalier Une fonction en escalier. Ici, certains mouvements vers la droite le long de l’axe des abcisses (les dons ) n’ont aucun effet sur l’impact de l’organisation, alors que certains très petits mouvements ont un grand impact en passant d’un palier à un autre.

Il faudrait donc, en théorie, tout faire pour être le donateur marginal, ou le consommateur qui s’abstient d’acheter l’unique portion de viande qui ferait basculer la décision du supermarché.

La solution du paradoxe se trouve dans le fait qu’un ciblage si précis est impossible en pratique. Dans les exemples simpifiés ci-dessus, il faudrait connaitre en détail la situation financière des ONG ou l’inventaire du supermarché, et de plus prédire le comportement de tous les autres donateurs et conommateurs. De surcroît, en réalité les procédures de décision qu’appliquent ces institutions sont bien plus complexes que je ne l’ai fait paraître. Il faudrait prendre en compte toute la chaîne de production de la viande, ou encore toutes les opportunités et contraintes auxquelles fait face l’ONG.

Plusieurs fonctions en escalier

En réalité, nous sommes ignorants quant à laquelle d’un grand nombre de fonctions en escalier correspondent à la réalité. En moyennant ces fonctions, nous arrivons à nouveau à une fonction linéaire.

Nous sommes donc totalement ignorants quant à l’identité du donateur marginal. Nous conaissons seulement la probabilité d’être au point de bascule, par exemple 10% avec un don de 10 000€ et des incréments de 100 000€. Il serait possible de réduire notre incertitude quant à l’identité du point de bascule, par exemple en construisant une modéalisation mathématique extrêmement complexe de la chaine de production de la viande. Mais en pratique cette procédure serait bien plus couteuse que le don lui-même.

Alice oublie de mettre en balance cette probablité de succès avec la taille du bénéfice potentiel. Autrement dit, si la probabilité de succès est et la taille du bénéfice , la quantité qui nous intéresse est l’espérance mathématique . Alice comment l’erreur de ne considérer que . En général, dans ce type de cas, est très petit mais est très grand, et ce de manière proportionelle. Par exemple, si , , alors correspond à un dixième de la valeur d’une école: exactement le même ratio que celui entre la taille du don (10 000€) et le cout d’une école (100 000€).

  1. Une autre manière de voir cet argument est d’observer que la valeur du dénominateur est de toute façon arbitraire. Il catégorise votre action comme visant à résoudre un problème dont les limites sont arbitrairement choisies. Le don contre la pauvreté pourrait aussi bien être rattaché au but de rendre les plus heureux les habitants du village ou agit l’ONG. Le choix de devenir végétarien pourrait être reformulé comme visant à aider les poules de votre région plutôt que tous les animaux d’élevage industriel dans le monde. La fraction est alors plusieurs milliers de fois plus grande, mais il n’y a aucune raison de préférer un dénominateur à l’autre. 

A better formalism for interpreting confidence intervals

June 10, 2017

When we take a sample mean, we should think of it as a random variable, and our measured sample mean as a realisation of that random variable. The sample mean is a random variable because it is the result of random sampling. Repeated sampling involves observing repeated realisations of the random variable.

We should think of confidence intervals around this mean as realisations of a random interval, an interval whose bounds are random variables rather than real numbers. This is an attractive formalism because it resolves many confusions around the interpretation of confidence intervals.

Suppose the true population mean is the number . The mean of a random sample from this population is the random variable . Then the random interval

has an approximately 95% probability of containing .

Suppose in our sample takes the realisation and takes the realisation . So an instance of the above random interval is the confidence interval:

The confidence interval either contains or does not contain .

In full, my proposed interpretation schema is:

,

is a realisation of

,

and the probability

.

This formalism has several advantages:

  • robustness: distinguishing random intervals from confidence intervals means it’s much harder to get confused into making an incorrect probabilistic statement about the non-probabilistic object .
  • parsiomy: we express everything we want using only probabilities, random variables, and intervals, three well-understood notions.
  • relevance: our interpretation only involves the objects we actually have (a random interval and a confidence interval). We need not make reference to (hypothetical) repeated sampling.

The ugly and the bad

Unfortunately, my preferred formalism does not appear to be popular. Let me show some of the alternatives I have seen and explain their downsides and how my proposal does better.

1

Oxford department of statistics:

The interval is random, not the parameter. Thus, we talk of the probability of the interval containing the parameter, not the probability of the parameter lying in the interval.

This is the worst example, and is admittedly rarely seen in print. But in speech I’ve seen it used often, even by academics who were trying to explain the correct interpretation of confidence intervals! The problem with this of course is that once you write it down in mathematical language, the probability of the interval containing the parameter is exactly the same object as the probability of the parameter lying in the interval. In our example it is simply . It is equal to 1 or 0.

2

Quantitative Economics lecture notes for Oxford undergraduates:

“Were this procedure to be repeated on multiple samples, the calculated confidence interval (which would differ for each sample) would encompass the true population parameter 95% of the time.”

I don’t like this because:

  • It invokes the clunky counterfactual “were this procedure to be repeated”. What if it’s impossible to take repeated samples? We still want to be able to make statements about our confidence interval.
  • It doesn’t have a clear mathematical formalisation. how do I write “95% of the time” in terms of probabilities?
  • The actual confidence interval we have is nowhere mentioned. For what is supposed to be an interpretation of that object, that’s a little confusing.

My formalism solves these three problems.

3

Wikipedia:

“There is a 90% probability that the calculated confidence interval from some future experiment encompasses the true value of the population parameter.”

Similar complaint here: why do we need to refer to future experiments? We want an interpretation of the confidence interval we actually have.

4

Harvard University:

For this reason, for a 95% CI, we say that we have 95% confidence that the interval will cover the true population mean. We use the term ‘confidence’ instead of probability because although the sample mean is random, the single interval we calculate is fixed. We also cannot talk about the probability that the population mean will lie within a certain interval, since it is also fixed.

This needlessly introduces the new concept of ‘confidence’, which is bound to cause confusion. It’s much better to use probabilities, a concept we already understand and for which we have a formal notation.

Consistent Vegetarianism and the Suffering of Wild Animals - Journal of Practical Ethics

May 25, 2017

A revised version of the essay I wrote for the Uehiro Prize has been published in the Journal of Practical Ethics.

Abstract:

Ethical consequentialist vegetarians believe that farmed animals have lives that are worse than non-existence. In this paper, I sketch out an argument that wild animals have worse lives than farmed animals, and that consistent vegetarians should therefore reduce the number of wild animals as a top priority. I consider objections to the argument, and discuss which courses of action are open to those who accept the argument.

Qu'est-ce que l'altruisme efficace ?

July 24, 2016

Evénement de lancement de l’association Altruisme Efficace France, à Paris le 5 juillet 2016

Qu’est-ce que l’altruisme efficace ?

Quelles sont les meilleures façons d’aider les autres ? Bien entendu, cette question fait débat. Y répondre avec sérieux requiert des prises de positions morales, et des recherches empiriques approfondies. Les désaccords sont inévitables, et ils sont légitimes. Mais ce n’est pas pour autant qu’une affaire d’opinion. L’altruisme efficace est basé sur l’idée que toutes les manières d’aider les autres ne se valent pas.

Cette volonté de dépasser le domaine de l’opinion est tout à fait compatible avec une appréciation de la difficulté de la tâche et de l’incertitude de nos hypothèses. Une analogie avec la science pourrait être utile ici. Dans les sciences naturelles, les chercheurs sont souvent en désaccord. Cependant, malgré cette diversité de points de vue, il y a aussi beaucoup de consensus : il est démontré que certaines propositions sont incorrectes. Et au fur et à mesure que la communauté scientifique continue de récolter plus de données et de les analyser de manière critique, elle rejette les mauvaises théories, affine ses hypothèses, et progresse.

C’est ainsi que nous concevons l’altruisme efficace - une tentative de répondre à une question difficile, à laquelle nous pourrons apporter des réponses de plus en plus précises à mesure que nous y investissons plus d’effort. L’altruisme efficace, c’est avant tout cette question, et un engagement à tenter d’y répondre de manière rationnelle et scientifiquement argumentée. Ainsi, l’altruisme efficace est une démarche qu’il convient de séparer des conclusions particulières auxquelles l’on peut arriver en la suivant.

Enfin, l’altruisme efficace n’est pas qu’une analyse académique. Nous souhaitons identifier la meilleure manière d’aider, puis passer à l’action en la mettant en oeuvre.

Comment trouver une cause efficace ?

Parmi tous les moyens d’aider les autres, comment trouver celui qui permettrait d’avoir le plus grand impact ? Nous tentons de répondre à cette question en suivant certains principes fondateurs.

Faire le meilleur usage de nos ressources

Nos ressources sont limitées. Quelle que soit notre générosité, il est impossible de résoudre immédiatement tous les problèmes constatés dans le monde. Notre situation est similaire à celle d’un médecin en zone de guerre : il y a des centaines de blessés, mais le personnel médical est limité. Il met alors en place un système de triage médical, qui assigne un degré de priorité à chaque blessé, dans le but de sauver le maximum de victimes. De même, nous avons chacun une quantité limitée de temps et d’argent, et nous ne pouvons pas aider toutes les victimes de souffrances dans le monde. La meilleure chose à faire est alors de se concentrer sur les actions qui aideront le plus possible, celles qui auront le plus grand impact par euro donné ou heure investie.

Empathie Globale

Prendre en considération toute vie consciente, sans exclusion liée à l’appartenance à un groupe donné, qu’il soit fondé sur la nationalité, l’ethnie, la croyance ou l’espèce..

Dans un des textes majeurs de la philosophie morale contemporaine, Famine, Affluence and Morality[1], Peter Singer nous invite à étendre notre cercle d’empathie au-delà de notre propre pays et à reconnaître qu’une vie vaut la même chose, qu’elle soit vécue dans un pays développé ou un pays en développement. Nous souhaitons aider ceux auxquels il est possible d’apporter le plus grand bénéfice, et s’il s’agit d’habitants des pays en développement au lieu de nos compatriotes, c’est cela qu’il faut préférer. La plupart des personnes engagées dans l’altruisme efficace étendent ce raisonnement jusqu’à son aboutissement logique, qui est de prendre en considération les vies non-humaines ainsi que les vies futures de ceux qui ne sont pas encore nés. Certains se concentrent donc sur la souffrance des animaux d’élevage ou tentent d’améliorer la trajectoire future de l’humanité à très long terme.

Ouverture d'esprit et "agnosticisme de cause"

Considérer toutes les causes et actions possibles, puis agir de la manière qui produit le plus grand impact positif.

Il est habituel de commencer par choisir une cause pour des raisons personnelles ou émotionnelles, puis de se demander quelle serait l’action la plus efficace au sein de cette cause. (“Je souhaite soutenir la recherche contre le cancer car mon père est mort d’une tumeur cérébrale. Quel est le meilleur organisme de recherche contre le cancer ?”) Mais dans l’altruisme efficace, le choix de la cause lui-même fait l’objet d’une recherche rationnelle, car les plus grandes différences d’efficacité se trouvent entre différentes causes et non au sein d’une cause. Il s’agit donc de partir d’une position “agnostique à la cause” afin de pouvoir choisir la plus efficace parmi toutes les causes possibles, et de pouvoir changer de cause en réaction à de nouvelles informations.

Se concentrer sur l'action la plus efficace

Le choix optimal est probablement 10 ou 100 fois supérieur à la moyenne.

La taille chez les humains suit une distribution normale : les plus grands humains ont une taille au plus 60% supérieure à la moyenne. Par contre, le classement de popularité des sites web suit une loi de distribution très asymétrique (loi de puissance) : Google, le site le plus populaire, reçoit des milliards de visiteurs, alors que la vaste majorité des sites sont très peu visionnés. Certains éléments de preuve suggèrent que les actions altruistes suivent, comme la popularité des sites web, une distribution très asymétrique. En utilisant la base de données DCP2, le philosophe Toby Ord a montré que dans le domaine de la santé, le rapport coût-efficacité de différentes interventions suit une distribution extrême : l’intervention la plus efficace produit 15 000 fois plus de bénéfice que la moins efficace, et 60 fois plus que l’intervention médiane[2]. Au-delà de la base DCP2, les interventions de santé les plus efficaces sont particulièrement exceptionnelles : l’éradication de la variole en 1979 a prévenu plus de 100 millions de morts, pour un coût de 400 millions de dollars.

Ainsi, il apparaît probable que la meilleure action possible soit non pas 30% plus efficace ou 3 fois plus efficace, mais bien 10, 100 ou même 1000 fois plus efficace que la moyenne. Il est donc essentiel de concentrer nos ressources non pas seulement sur une action très efficace, mais sur celle qui est la plus efficace. Cela ne veut pas dire que tous ceux qui agissent selon ce principe doivent forcément travailler au service de la même cause. Il existe bien sûr des incertitudes considérables et des différences de valeurs, qui amènent différentes personnes à choisir des projets différents.

Privilégier les causes indûment négligées par d'autres

Pour déterminer l’impact d’une action, il faut appliquer un raisonnement à la marge : quel est l’effet supplémentaire de l’effort que j’apporte ? Il ne suffit pas d’observer l’effet moyen d’une action, il faut considérer son effet marginal. Imaginez que le grenier d’un village ne prenne feu. Les villageois ont le temps de sauver des flammes quelques réserves de nourriture avant que le feu n’engloutisse tout le bâtiment. Le plus important est de sauver le blé qui permettra de survivre l’hiver. Pourtant, si tous les autres villageois se concentrent sur les sacs de blé, ils réussiront à en sortir assez. Plutôt que de prendre encore plus de blé, votre meilleure action altruiste serait de sortir le sac de sel. Dans cet exemple, le sel a plus de valeur à la marge, malgré le fait qu’en moyenne le blé soit essentiel à la survie. De même, si l’on investit dans une cause négligée, le bénéfice marginal de chaque action sera supérieur, car les meilleures opportunités d’aider les autres n’auront pas encore été exploitées. Au contraire, il sera plus difficile d’avoir un grand impact dans une cause qui reçoit déjà beaucoup de ressources. Par exemple, apporter des vaccinations de base à ceux qui en ont besoin est extrêmement efficace : de nombreux cas de maladies graves peuvent être évités à faible coût. Mais soutenir ces vaccinations n’est généralement pas conseillé pour un donateur individuel, car les besoins les plus essentiels sont déjà couverts par les gouvernements ou les grandes fondations.[3] Si par contre une cause est négligée, cela peut donc constituer un indice en sa faveur.

Prendre en compte ce qui adviendrait si vous n'agissiez pas

Il ne suffit pas de considérer les effets directs de votre action, il faut prendre en compte son effet contra-factuel, c’est à dire la différence entre les conséquences réalisées suite à votre action et les conséquences qui seraient advenues si vous n’aviez pas agi. Imaginez que quelqu’un subisse un arrêt cardiaque devant vous. Vous venez de recevoir un entraînement de secourisme, et vous avez tant de zèle à aider que vous poussez de côté le médecin qui s’apprêtait à s’occuper de la victime. Vous parvenez à réanimer la victime, mais vous n’avez pas pour autant sauvé sa vie. Si vous n’étiez pas intervenu, le médecin l’aurait fait. Votre action était donc remplaçable, elle n’a pas eu d’impact contra-factuel. Ce raisonnement est essentiel pour évaluer rigoureusement nos actions altruistes : par exemple, devenir enseignant bénévolement dans une école d’un pays en développement pourrait avoir un impact négatif au lieu de positif, si le bénévole prenait la place d’un enseignant local expérimenté qui aurait fait un meilleur travail.

Mettre en balance la probabilité de succès avec la taille du bénéfice

La plupart de nos actions n’apportent pas un bénéfice garanti, mais augmentent la probabilité qu’un certain bénéfice advienne. Par exemple, militer contre les conditions de l’élevage intensif n’a aucune garantie de modifier le comportement des éleveurs ou d’inciter un gouvernement à légiférer, mais rend ces éventualités plus probables. Il est tout aussi fallacieux de choisir des objectifs très importants sans penser à la probabilité de les atteindre, que de rejeter toutes les actions à faible probabilité de succès sans prendre en compte la taille de ce succès potentiel. Il s’agit plutôt d’estimer l’espérance mathématique de notre action, en multipliant la probabilité des succès par la valeur du succès. On peut donc être amené à soutenir des actions qui garantissent un succès modeste, comme un don à une ONG distribuant des moustiquaires, ou des actions qui ont une faible probabilité de produire des bénéfices exceptionnels, telles que la recherche scientifique ou l’action politique.

Nos hypothèses : quelques exemples de causes efficaces

Appliquer ces principes de manière rigoureuse et pragmatique n’a rien d’automatique ni de simple. C’est pour cela que l’altruisme efficace est indissociable d’une réflexion critique sans cesse renouvelée. Cependant, les causes suivantes apparaissent prometteuses :

  • Lutter contre les problèmes de santé de base dans les pays en développement.[4] Environ 10 millions de personnes meurent chaque année à cause de maladies dont la prévention est simple, telle que la diarrhée, le paludisme, ou la tuberculose. Ces maladies ne tuent pratiquement personne dans les pays riches. Il est clairement possible d'améliorer significativement la santé dans les pays en développement, avec des interventions à faible coût dont l'efficacité est prouvée. Par exemple, distribuer des moustiquaires imprégnées d’insecticide en Afrique Sub-Saharienne permet d'empêcher un enfant de mourir du paludisme pour un coût de moins de 3 000 $[5]. Améliorer la santé crée aussi des opportunités économiques[6]: la maladie ralentit le développement des enfants, augmente fortement l'absentéisme scolaire, et les empêche de réaliser leur potentiel.
  • Aider les animaux victimes de l'élevage.[7] Chaque année environ 100 milliards d'animaux sont élevés pour que des humains les mangent : 15 par personne en moyenne[8]. L'écrasante majorité des experts en neurologie animale estiment que les cochons, vaches et poules sont capables de ressentir la souffrance d'une manière similaire aux humains. Malheureusement, ces animaux sont en grande majorité élevés dans des conditions de forte souffrance. Dans les élevages industriels, les poules ont le bec coupé sans anesthésie et sont confinées à de minuscules cages. Les truies mettent bas dans des cages où elles ne peuvent effectuer aucun mouvement, et en France les cochons sont castrés à vif. Parmi les personnes qui travaillent sur cette cause, certains tentent de développer des alternatives aux produits animaux, de convaincre d'autres de devenir végétariens ou véganes, ou d'influencer la réglementation de l’élevage et de l’abattage.
  • Contrôler les risques d'échelle mondiale.[9] De nombreux événements pourraient être catastrophiques pour la terre entière : une guerre mondiale, une nouvelle pandémie, le changement climatique, ou des nouvelles technologies à haut risque. Malheureusement, ces risques sont le problème de tous à la fois et la responsabilité de personne en particulier, et sont donc souvent négligés. Pourtant, une telle catastrophe pourrait non seulement causer beaucoup de souffrance, mais aussi réduire le potentiel de l'humanité à long terme. Par ailleurs, certains biais cognitifs nous empêchent d'estimer correctement les risques lorsqu'il s'agit d’événements très rares. Souvent, les électeurs sont très inquiets au sujet de risques peu importants, et n'accordent aucune attention à des risques que les experts considèrent comme extrêmement inquiétants.

Agir

L’altruisme efficace est intellectuellement ambitieux, mais ne fait pas de la rigueur académique son but final. Si nous prenons ces questions au sérieux, c’est car nos actions en dépendent. Les méthodes de l’altruisme efficace peuvent paraître abstraites, mais les vies des personnes que nous aidons sont pleines de souffrances et de joies réelles. Les personnes engagées dans l’altruisme efficace mettent en pratique leurs projets avec le même enthousiasme qui les pousse à analyser leur plans avec précision. Un grand nombre d’entre eux donnent 10% de leur revenu aux causes qu’ils soutiennent. D’autres ont changé leur carrière en profondeur[10].

Pour en savoir plus

Le livre Doing Good Better[11] de William MacAskill apporte un traitement plus approfondi des idées centrales de l’altruisme efficace.

Notes

[1] utilitarianism.com - Traduit de l’anglais par Fanny Verrax (archive)

[2] givingwhatwecan.org (archive)

[3] GiveWell.org (archive)

[4] Pour en savoir plus: GiveWell tente d’identifier les ONG qui aident les habitants des pays en développement le plus efficacement. Les rapports de GiveWell sont accessibles au public et se basent sur plusieurs décennies de recherches rigoureuses dans les domaines de l’économie et de la santé publique.

[5] GiveWell.org (archive)

[6] Gallup et Sachs, 2001 (archive)

[7] Pour en savoir plus: Animal Charity Evaluators tente d’identifier les opportunités de dons les plus efficaces pour aider les animaux et étudie certaines questions empiriques et théoriques cruciales pour la cause animale. La fondation Open Philanthropy Project soutient financièrement des projets pour la réduction de souffrance des animaux d’élevage, et donne un accès public aux résultats de ses recherches.

 

[8] 50 milliards d’animaux terrestres (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, archive) et environ 80 milliards d’animaux issus de l’aquaculture (A. Mood et P. Brooke, 2012, archive).

[9] Pour en savoir plus: le Future of Humanity Institute à l’Université d’Oxford étudie les questions considérées comme les plus déterminantes pour la trajectoire future de l’humanité. L’article Existential Risk Prevention as Global Priority (Nick Bostrom 2012, Global Policy, archive) est un bon point de départ.

 

[10] 80000hours.org - voir en bas de page la section “people we’ve helped”.

[11] Amazon.fr

Oxford Uehiro Prize in Practical Ethics, “How should vegetarians actually live?"

July 4, 2016

In 2016, I was the joint winner in the Undergraduate Category of the Oxford Uehiro Prize in Practical Ethics. Read my essay here, or below.

Ethical vegetarians abstain from eating animal flesh because they care about the harm done to farmed animals. More precisely, they believe that farmed animals have lives so bad they are not worth living, so that it is better for them not to come into existence. Vegetarians reduce the demand for meat, so that farmers will breed fewer animals, preventing the existence of additional animals. If ethical vegetarians believed animals have lives that are unpleasant but still better than non-existence, they would focus on reducing harm to these animals without reducing their numbers, for instance by supporting humane slaughter or buying meat from free-range cows.

I will argue that if vegetarians were to apply this principle consistently, wild animal suffering would dominate their concerns, and may lead them to be stringent anti-environmentalists.

If animals like free-range cows have lives that are not worth living, almost all wild animals could plausibly be thought to also have lives that are worse than non-existence. Nature is often romanticised as a well-balanced idyll, so this may seem counter-intuitive. But extreme forms of suffering like starvation, dehydration, or being eaten alive by a predator are much more common in wild animals than farm animals. Crocodiles and hyenas disembowel their prey before killing them[1]. In birds, diseases like avian salmonellosis produce excruciating symptoms in the final days of life, such as depression, shivering, loss of appetite, and just before death, blindness, incoordination, staggering, tremor and convulsions.[2] While a farmed animal like a free-range cow has to endure some confinement and a premature and potentially painful death (stunning sometimes fails), a wild animal may suffer comparable experiences, such as surviving a cold winter or having to fear predators, while additionally undergoing the aforementioned extreme suffering[3]. Wild animals do experience significant pleasure, for instance when they eat, play or have sex, or engage in other normal physical activity. One reason to suspect that this pleasure is outweighed by suffering is that most species use the reproductive strategy of r-selection, which means that the overwhelming majority of their offspring starve or are eaten shortly after birth and only very few reach reproductive age.[4],[5] For instance, ‘in her lifetime a lioness might have 20 cubs; a pigeon, 150 chicks; a mouse, 1000 kits’,[6] the vast majority of which will die before they could have had many pleasurable experiences. Overall, it seems plausible that wild animals have worse lives than, say, free-range cows. If vegetarians think the latter are better off not existing, they must believe the same thing about wild animals.

A second important empirical fact is that wild animals far outnumber farmed animals. Using figures from the FAO, Tomasik estimates that the global livestock population is 24 billion (including 17 billion chicken)[7]. I restrict my count of wild animals to those at least as complex as chicken or small fish, which vegetarians clearly believe do have moral weight. Using studies of animal density in different biomes, Tomasik estimates conservatively that there are at least 6*1010 land birds, 1011 land mammals, and 1013 fish. Animals in each of these categories alone are several times more numerous than livestock.

If wild animals’ well-being is negative and the above numbers are remotely correct, the scale of wild animal suffering is vast. As Richard Dawkins writes, ‘During the minute it takes me to compose this sentence, thousands of animals are being eaten alive; others are running for their lives, whimpering with fear; others are being slowly devoured from within by rasping parasites; thousands of all kinds are dying of starvation, thirst and disease.’[8] If they accept the premises so far, consistent vegetarians should focus on preventing the existence of as many wild animals as possible, since even a small reduction in the global number of wild animals would outweigh the impact of ending all livestock production. For example, they could reduce animal populations by sterilising them, or by destroying highly dense animal habitats such as rainforests. This would place them directly at odds with environmentalists who try to preserve nature from human intervention. It may even be the case that vegetarians should react to this argument by eating more meat, since feeding the livestock requires more surface area for agriculture, and fields contain far fewer wild animals per square kilometre than other biomes such as forests.

An intuitive response to wild animal suffering can be that cycles of predation and starvation are natural, and therefore they must be neutral morally. But what is natural is not necessarily what is good, for instance, humans will routinely use technology to remove diseases which are natural.

It is important to emphasize that the claim ‘wild animal suffering is bad’ does not imply a guilt claim of the form ‘predators are morally guilty’. A lion’s instinct is indeed natural and does not deserve our moral condemnation. However, we can avoid much confusion if we remember to keep separate the concepts of guilt of an agent and wrongness of an action. It is perfectly possible to claim that X is harmful and should be prevented while also holding that the direct cause of X is not a moral agent. The fact that we are so used to thinking about cases of human behaviour, where guilt and wrongness are largely aligned, may partly explain why arguments about wild animal suffering seem counter-intuitive.

Underlying some of these principled arguments is the intuition that harmful acts, like killing livestock, are worse than harmful omissions, like failing to avert wild animal suffering. I cannot begin to give a full treatment to the act/omission debate here, but one thought experiment suggests harmful omissions matter at least somewhat. Imagine you see a fire spreading in a forest and, while walking away from the fire, you see an injured fawn: a broken leg prevents her from fleeing. You carry a rifle and could instantly kill the fawn at no cost to yourself, preventing her from the extreme suffering of being burned alive. In this situation, for vegetarians who care about harm to animals, it is clear that it would be immoral to omit to act and allow wild animal suffering to happen. So the general principle ‘allowing wild animals to suffer is morally neutral’ cannot hold.

A second set of counter-arguments are empirical: they concede that consistent vegetarians are morally obliged to reduce wild animal suffering, but attack various empirical claims made above.

It may be objected that we cannot reduce the number of animals by sterilising them, because as soon as fewer animals are born, more resources (like food and territory) become available, which increases the evolutionary payoff of producing more animals. If we sterilise some deer, there will at first be fewer fawns, so there will be more nuts and berries available, which allows other deer (or other species) to have more offspring, until we are back to the original equilibrium. The existence of such evolutionary pressures towards an equilibrium population seems plausible, but it remains an unsolved empirical question. It may be the case that the population takes several years to reach its equilibrium again, in which case much animal suffering would be averted in the meantime. Regardless, this is only an objection against one particular method for reducing wild animal numbers, and it only tells us that sterilisation would be ineffective, not harmful. If we reject sterilisation on these grounds, habitat destruction, for instance, evidently does reduce animal numbers for the long run.

A frequent objection against intervening in nature is that we are uncertain about the consequences: for instance, culling predators might cause an ecological catastrophe. While our uncertainty is a good reason to do more research in order to reduce it, it is not in principle an argument for inaction. If we are so uncertain, inaction towards predation could also be causing vastly more suffering than we currently estimate. In order to make sure our aversion to intervene is not caused by status quo bias, we can use the reversal test,[9] an elegant instance of which is provided by the reintroduction of wolves in Scotland, where they had been hunted to extinction in the 1700s.[10] If we are more worried about the uncertain effects of reintroducing wolves than we are about the uncertainty of inaction towards wolf predation, this may be due to status quo bias.

Possibly the strongest counter-argument is that we are extremely uncertain about whether wild animals’ lives are worth living. How much pain or pleasure animals feel in response to certain stimuli is dependent on facts about their neurology which is not well understood. While we may make some reasonable extrapolation from our human experience (being eaten alive is very painful), animal subjective experience may differ significantly. While animals might experience hedonic adaptation[11] to their circumstances, encounters with predators produce lasting psychological damage similar to post-traumatic stress disorder in humans.[12] There is some evidence that domesticated animals are less stressed,[13] but measures of stress hormones may not coincide with animals’ revealed preferences[14]. Clearly, I do not pretend to have solved this difficult empirical question. However I note that these considerations should also make us uncertain about the subjective well-being of farmed animals; and I have already offered reasons why wild animals plausibly have worse lives than free-range animals.

Even if vegetarians still reject this argument, and believe that wild animals’ lives are better than the lives of farm animals, to the extent that they are worth living, this does not imply they should do nothing. They should not reduce animal numbers, but they should still reduce the suffering of existing animals. Because there are so many animals and the suffering they undergo can be so extreme, this consideration would likely still dominate concern about farmed animals. One could vaccinate animals against diseases: rabies has already been eliminated from foxes for human benefit[15]. After elephants’ teeth wear out, they are no longer able to chew food and eventually collapse from hunger, after which they may be eaten alive by scavengers and predators. Fitting elephants with artificial dentures, which has already been done on captive animals, would significantly increase their healthspan[16]. Or one could cull predator populations by allowing more of them to be hunted.

A possible concern with this type of intervention may be that any advantage given to a particular individual by reducing their suffering would increase the suffering of others. For instance, if elephants can eat for longer, more other herbivores will starve; or if we kill predators, their prey will proliferate and their competitors will starve. If we think that ecosystems lie on such a razor-sharp evolutionary equilibrium where all animals are strongly competing for every piece of resource, this objection is plausible. But crucially, if we accept this, then it is becomes plausible that wild animals actually do have lives that are not worth living: if evolution produces so many animals that each can just barely survive, it is likely that they endure much suffering and little pleasure. So it seems like we must either accept that some interventions can reduce extreme wild animal suffering, or concede that animals’ lives are plausibly not worth living.

Some may choose to treat this outlandish conclusion as a reductio against vegetarianism (either against the idea that farm animals matter morally or against the belief that we should prevent them from coming into existence). Perhaps vegetarians who still reject the conclusion should increase their confidence that buying free-range meat is a good thing. For those who accept it, the question of how most effectively to reduce wild animal suffering is left open. As I have repeatedly emphasised, we are still very ignorant about many relevant empirical questions, so immediate large-scale intervention will not be very effective. In addition, intervention may have significant backlash effects and reduce sympathy for the anti-speciesist message. The best immediate action is probably to produce more research on wild animal suffering, in order to make future action more likely to be effective.

[1] Dawrst, Alan. "The predominance of wild-animal suffering over happiness: An open problem." Essays on Reducing Suffering (2009): 255-85.

[2] Michigan Department of Natural Resources. "Salmonellosis." Quoted in Tomasik, “The Importance of Wild Animal Suffering”

[3] Tomasik, Brian. “Intention-Based Moral Reactions Distort Intuitions about Wild Animals.” Essays on Reducing Suffering (2013)

[4] Horta, Oscar. "Debunking the idyllic view of natural processes: population dynamics and suffering in the wild." Télos 17.1 (2010): 73-88.

[5] Ng, Yew-Kwang. "Towards welfare biology: Evolutionary economics of animal consciousness and suffering." Biology and Philosophy 10.3 (1995): 255-285.

[6] Fred, Hapgood. Why males exist: an inquiry into the evolution of sex. 1979. Quoted in Tomasik, “The Importance of Wild Animal Suffering”.

[7] Tomasik, Brian. "How Many Wild Animals Are There?." Essays on Reducing Suffering (2014).

[8] Dawkins, Richard. River out of Eden: A Darwinian view of life. Basic Books, 1996.

[9] Bostrom, Nick, and Toby Ord. "The Reversal Test: Eliminating Status Quo Bias in Applied Ethics*." Ethics 116.4 (2006): 656-679.

[10] "Wild Wolves 'good for Ecosystems'" BBC News. BBC, 31 Jan. 2007. Web. 25 Jan. 2016.

[11] Frederick, Shane, and George Loewenstein. "Hedonic adaptation." (1999).

[12] Zoladz, Phillip R. An ethologically relevant animal model of post-traumatic stress disorder: Physiological, pharmacological and behavioral sequelae in rats exposed to predator stress and social instability. Diss. University of South Florida, 2008.

[13] Wilcox, Chritie. "Bambi or Bessie: Are Wild Animals Happier?" Scientific American Blog. N.p., 21 Apr. 2011. Web. 20 Jan. 2016.

[14] Dawkins, M. S. "Using behaviour to assess animal welfare." Animal welfare-potters bar then Wheathampstead- 13 (2004): S3-S8.

[15] Freuling, Conrad M., et al. "The elimination of fox rabies from Europe: determinants of success and lessons for the future." Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences 368.1623 (2013): 20120142.

[16] Pearce, David. "A Welfare State for Elephants?." RELATIONS 3.2. November 2015-Wild Animal Suffering and Intervention in Nature: Part II (2015): 153.